Le chargement!Il est formidable,et on sait bien,parbleu,que chaque objetle rend plus mechant,que chaque petite chose est une meurtrissure de plus.
Car il n'y a pas que ce qu'on fourre dans ses poches et dans ses musettes.Il y a pour completer le barda ce qu'on porte sur son dos.
Le sac,c'est la malle et meme c'est l'armoire.Et le vieux soldat connait l'art de l'agrandir quasi miraculeusement par le placement minutieux de ses objets et provisions de menage.En plus du bagage reglementaire et obligatoire-les deux boites de singe,les douze biscuits,les deux tablettes de cafe et les deux paquets de potage condense,le sachet de sucre ,le linge d'ordonnance et les brodeqins de rechange-nous trouvons bien moyen d'y mettre quelques boites de conserve,du tabac,du chocolat,des bougies et des espadrilles,voire du savon,une lampe à alcool,et de l'alcool solidifie et des lainages.Avec la couverture,le couvre pieds,la toile de tente,l'outil portatif,la gamelle et l'ustensile de campement,il grossit,grandit et s'elargit,et devient monumental et ecrasant.et mon voisin dit vrai:chaque fois,quand il arrive a son poste apres des kilometres de route et des kilometres de boyau,le poilu se jure bien que,la prochaine fois,il se debarrassera d'un tas de choses et se delivrera un peu les epaules du joug du sac.Mais chaque fois qu'il se prepare a repartir,il reprend cette meme charge epuisante et presque surhumaine;et il ne la quitte jamais,bien qu'il l'injurie toujours"
Henri Barbusse,le feu,1916



